Forum de Paris sur la Paix : « nouvel outil de diplomatie »

Forum de Paris sur la Paix : La diplomatie autrement

Du 11 au 13 novembre, s’est tenu à Paris, à la Grande Halle de la Villette, le deuxième Forum international sur la Paix. Malgré l’absence des grandes nations, la nécessité d’œuvrer davantage pour la paix dans le monde s’impose plus-que-jamais.

Ils étaient une soixantaine de participants en 2018. Cette année, à peine la moitié des chefs d’états des grandes nations du monde ont daigné faire le déplacement de Paris. Ce n’est pas comme si, subitement, le monde était devenu un gros havre de paix. Loin de là ! Et c’est tout le paradoxe de l’absence des chefs d’état de pays comme la Russie, la Chine ou les Etats-Unis, pour ne citer que ceux-ci. Déjà absent lors de l’édition précédente, le président américain, Donald Trump, lui, n’a même pas envoyé un représentant officiel. Même si certaines O.N.G. américaines étaient présentes.

Déjà présents à Paris en 2018 pour commémorer le centenaire de l’Armistice, les chefs d’État des grandes puissances n’ont pas répondu à l’appel cette année. Cet événement est pourtant financé en grande partie par des entreprises américaines, comme Open Society ou Microsoft. Ce n’est pas pour autant que la seconde édition a été un échec. Le nouveau format du Forum sommet a justement été pensé pour faire face aux réticences de certains chefs d’États. Les dirigeants de plusieurs pays d’Afrique et des Balkans sont quant à eux venus en nombre.
Pour sa deuxième édition, le Forum de Paris sur la Paix a accueilli 136 délégations officielles, avec donc une trentaine de chefs d’État et de gouvernement et une quinzaine de dirigeants d’organisations internationales, dont le Secrétaire général des Nations-Unies et la Présidente-élue de la Commission européenne. Au cours de ces trois jours (11-13 novembre 2019) à la Grande Halle de la Villette, plus de 7000 participants ont assisté à 80 débats de haut niveau et découvert 114 projets référencés dans six catégories : paix et sécurité, développement, environnement, nouvelles technologies, économie inclusive, et culture et éducation.

Créé sous l’impulsion du président français Emmanuel Macron en 2018, le Forum de Paris sur la Paix a pour objectif de repenser la diplomatie à l’aune de la montée des nationalismes et des conflits. Lors de son discours inaugural, le président Macron avait affirmé que son objectif était de « réinventer le multilatéralisme et toutes les formes de coopérations contemporaines pour que la paix, chaque jour, gagne du terrain. À l’époque, si nous n’étions pas parvenus à bâtir la paix c’est parce que nous n’avions pas réussi à trouver les bonnes voies de coopération multilatérale. Ne réitérons pas cet échec. Construisons, ensemble, un multilatéralisme fort. » En somme, une nouvelle plateforme diplomatique permettant des discussions directes. Et de ce point de vue, les échanges ont été fructueux, de l’avis de nombreux présidents africains.
(Photo Etienne Tshisekedi)

Invité d’honneur du Forum, le nouveau président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, a, dans un excellent discours, fait le point de la situation dans son pays. « Nous voulons sortir notre nation de l’isolement dans lequel il est plongé. La RDC fait encore peur aux investisseurs ; à nous de les rassurer en multipliant les contacts bilatéraux », a-t-il ajouté en substance. Pour ce faire, lui, Idriss Déby (Tchad), Mahamadou Issoufou (Niger) ont réclamé des moyens supplémentaires, à tous les niveaux pour stabiliser l’Afrique. Un projet tel que « The Abidjan Principles » portant la législation existante en matière de droits de l’homme en ce qui concerne l’obligation des États de dispenser un enseignement public et de réglementer la participation du secteur privé à l’éducation, va devenir un outil de référence essentiel sur le droit à l’éducation dans le contexte de la commercialisation croissante de l’éducation dans le monde. La loi anti-drogue en Afrique de l’Ouest ou la protection des littoraux nécessite en effet des aides occidentales conséquentes.

Un an seulement après son lancement, le Forum de la Paix est une initiative à encourager tant les antagonismes sont légion dans le monde, avec de plus en plus de nationalismes exacerbés. Un objectif que veulent poursuivre les organisateurs, somme toute satisfaits de l’édition 2019. « En seulement un an, nous avons réussi à installer le Forum de Paris sur la Paix comme un rendez-vous de premier plan dans la gouvernance mondiale. Unique dans son approche multi-acteurs et internationale, il s’agit d’un nouvel outil de diplomatie », se félicite Pascal Lamy, président du Forum. Et tous en sont conscients. Car tant que la paix mondiale est menacée, aucune initiative ne serait superflue.
Malick Daho