“Je n’ai pas peur que l’Europe se détricote mais qu’elle ne se tricote pas assez vite”

Pascal Lamy plaide pour l’émergence d’une souveraineté européenne.

Entretien Olivier le Bussy

Le monde a changé et oblige l’Europe à changer”, constate Pascal Lamy. L’ancien commissaire européen (1999-2004) au Commerce, ancien di- recteur général de l’Organisation mondiale du commerce (2005-2013) et aujourd’hui président du Forum de Paris pour la paix était l’hôte des Grandes conférences catholiques, la semaine dernière, pour parler de la souveraineté européenne. Il a accordé à La Libre un entretien sur le sujet

La souveraineté européenne est un con- cept sur lequel s’est beaucoup exprimé le président français, Emmanuel Macron. Les autres États membres n’ont pas vraiment embrayé sur ses propositions pour déve- lopper cette souveraineté européenne. Pourquoi ?

En matière de souveraineté, la France a une singularité idéologique qui la met sur un plan conceptuel assez à part des autres pays européens. La souveraineté est un concept qui fait partie de la culture politique et géopolitique française on a moins de raisons que les Allemands de se méfier de ce que ça implique, et plus d’états de service historiques que les Belges en matière de souveraineté ; pour les Italiens c’est assez récents, et ainsi de suite. Les Français l’oublient parfois. Quand vous êtes président de la République française, vous n’avez pas à trop vous interroger sur ce qu’est la souveraineté, parce que vous avez un type qui vous suit avec une valise qui contient le bouton nucléaire: le souverain, c’est vous.

L’idée d’Emmanuel Macron, très méditerranéenne, est que l’Europe est le bon niveau d’exercice de la souveraineté dans le monde d’aujourd’hui. Même si elle est discutable sur le plan philosophique, j’y adhère pour des rai- sons géopolitiques. La vision du monde est sans doute plus irénique dans plusieurs pays européens qu’elle ne l’est du côté français ou anglais. Et, comme par hasard, ce sont les deux pays européens qui ont la capacité de projeter des forces militaires en dehors de leurs frontières.

La vision de Macron et le Brexit, ce sont les deux faces de la pièce souveraineté ? Bien sûr. Les Français et les Anglais baignent dans le même héritage historique et politique d’une vieille souveraineté, mais n’en tirent pas forcément les mêmes conséquences. La géographie pèse encore.