Les subventions à la pêche dans le viseur de la nouvelle patronne de l’OMC

La nouvelle directrice de l’organisation mondiale du commerce Ngonzi Okonjo-Iweala place la suppression des subventions à la pêche parmi ses priorités. Après vingt ans de négociations sur le sujet, l’OMC touche au but.

  • Richard Monteil, le 18/02/2021

Les dernières déclarations de Ngonzi Okonjo-Iweala au sujet de la surpêche sont claires : « Cela ne peut plus durer. On ne peut pas se permettre d’échouer sur ce dossier. » La nouvelle directrice générale de l’OMC fait de la suppression de subventions nuisibles accordées à la pêche une des priorités à court terme de son mandat qui commence le 1er mars.

Vingt ans de négociations

Les négociations dans ce domaine durent depuis vingt ans, et la date butoir fixée par l’ONU est dépassée depuis janvier. « Nous devons conclure », assure Ngonzi Okonjo-Iweala. Pascal Lamy, qui a suivi le dossier en tant que commissaire européen au commerce puis directeur général de l’OMC entre 2005 et 2013, affiche sa confiance : « C’est la seule négociation qui soit assez mûre pour aboutir, à court terme. »

L’accord vise à éliminer les subventions à la pêche illégale, non déclarée et non réglementée et certaines formes de subventions à la pêche créant des surcapacités de production et de la surpêche. « Il y a vingt ans, quand les négociateurs ont commencé à travailler sur la pêche, c’était un sujet totalement nouveau pour eux. Il a fallu du temps à ce monde-là pour se familiariser avec les poissons, les bateaux, les différents types de pêches… », avance l’ancien directeur général de l’OMC pour expliquer la lenteur du processus.

Les subventions encouragent la surpêche

Selon la FAO (« Food and agriculture organisation », l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), un nombre croissant de zones de pêches, surexploitées, sont au bord de l’épuisement : 34 % des stocks mondiaux sont surexploités actuellement, contre 10 % en 1974. Dans ces espaces, les populations de poissons n’ont pas le temps de se renouveler, et donc, diminuent.

La raréfaction de la ressource devrait suffire à décourager les pêcheurs de jeter leurs filets dans des eaux de moins en moins poissonneuses. Sauf que « le financement public maintient en mer des flottes de pêche non rentables », dénonce l’OMC. « Il y a trop de subventions. Cela favorise les surcapacités et donc la surexploitation des ressources halieutiques », confirme Pascal Lamy. L’OMC évalue le montant global des subventions entre 14 et 54 milliards de dollars par an, une estimation qui repose en grande partie sur les déclarations plus ou moins fiables et précises de ses 164 États membres.

Des pays réfractaires

Les subventions peuvent recouvrir des réalités très différentes et l’OMC entend cibler les plus nocives. « Les subventions sont dommageables si elles conduisent à une augmentation des capacités, pas si elles aboutissent à de meilleures pratiques », souligne Pascal Lamy. Le tri est délicat et explique en grande partie la complexité des discussions.

Beaucoup de pays sont réticents à l’idée de notifier leurs subventions à la pêche auprès de l’OMC. Pascal Lamy schématise : « Il y a d’un côté les amis des poissons ; de l’autre, les amis des pêcheurs. » Ces derniers, le Japon, Taïwan, la Corée du Sud, l’Inde et la Chine, espèrent des dérogations pour continuer d’exploiter pleinement les eaux du Pacifique. D’après l’ex-commissaire au Commerce, l’Union européenne est revenue du côté des poissons après avoir louvoyé entre les deux camps au gré de débats internes sur sa politique de pêche commune.

Se mettre d’accord sur des principes est un défi en passe d’être relevé. Les faire appliquer en sera un autre. Mais d’après Pascal Lamy, « l’opinion est de plus en plus sensible à l’environnement, et les négociateurs de l’OMC savent qu’ils doivent verdir l’organisation. »

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