Des économistes européens, dont Pascal Lamy, invitent les Vingt-sept à concrétiser l’ambition d’un Plan de relance ‘vert’

Bruxelles, 16/06/2020 (Agence Europe) – D’un point de vue politique, « c’est le meilleur moment ou jamais » pour une relance verte de l’économie européenne, ont estimé quatre économistes, français, allemand, italien et espagnol, lors d’une visioconférence organisée, mardi 16 juin, à quelques jours du Conseil européen consacré au cadre financier pluriannuel (CFP) 2021-2027 complété par le Plan de relance pour l’Europe (voir autre nouvelle). Tous considèrent que le plan de relance post-Covid-19 proposé fin mai par la Commission (EUROPE B12494A2) aurait pu être plus ambitieux. Mais ils invitent les Vingt-sept à concrétiser cette proposition, estimant qu’au niveau national, il y a encore loin de la parole aux actes.

Pour Pascal Lamy, président émérite de l’Institut Jacques Delors, la dimension verte du plan de relance est « sans précédent dans l’histoire de l’UE », c’est « la colonne vertébrale de la proposition ».

Cette dimension est satisfaisante en termes de climat, de transition énergétique, de mobilité et de biodiversité. Mais, d’après l’ancien directeur général de l’OMC, ce « bon logiciel » doit être combiné à deux paramètres : 1) l’urgence sociale ; 2) ces programmes d’investissements doivent être prêts à l’emploi. Il faut des programmes à court terme pour la décarbonation et les économies d’énergie dans les projets publics et privés.

En revanche, selon M. Lamy, la dimension verte est beaucoup moins centrale dans les programmes nationaux de relance. Et beaucoup de questions restent à trancher par les États membres : d’où vient l’argent, comment sera-t-il alloué par pays, y aura-t-il une conditionnalité macroéconomique, ou verte ?

« Cela prendra au moins jusqu’au début de l’automne pour parvenir à un accord. Or, l’argent doit être dépensé très rapidement si l’on veut s’attaquer au problème de destruction d’emplois », a déclaré l’ancien commissaire européen au Commerce.

Natalia Fabra, professeur d’économie à l’Université Carlos III de Madrid, a estimé que la conditionnalité verte serait « un bon levier pour mettre en place les politiques » de l’UE. Selon elle, le gouvernement espagnol est très engagé avec un plan ‘Énergie/Climat’ ambitieux. Elle a espéré que le secteur des énergies renouvelables pourra investir massivement.

Sur la même ligne, Maja Göpel, secrétaire générale du Conseil consultatif allemand sur le changement global (WBGU), a estimé qu’il fallait s’attaquer aux barrières réglementaires qui entravent le développement des renouvelables.

Selon elle, le plan de relance allemand érige le social en priorité, porte beaucoup d’attention à l’industrie, contient une stratégie hydrogène correcte. Mais, comme Natalia Fabra, elle souhaiterait que l’électromobilité soit davantage encouragée. En outre, elle a déploré l’absence de l’agriculture dans la décarbonation de l’économie.

De l’avis de Pascal Lamy, cette question n’a pas été oubliée au niveau européen, mais la mobilisation du secteur agricole se heurte à de fortes sensibilités. Connaissant les difficultés avec les pays dits ‘frugaux’ sur le montant des dépenses et les réticences des pays d’Europe centrale et orientale en matière de verdissement, la Commission n’a pas souhaité ajouter aux difficultés.

« Mais le problème doit être abordé. Ceux qui poussent pour la transition verte ne peuvent laisser l’agriculture de côté », a dit M. Lamy.

Enrico Giovannini, professeur de statistiques économiques à l’Université de Rome Tor Vergata, cofondateur de l’Alliance italienne pour le développement durable (ASviS), s’est réjoui que le programme de développement durable 2030 serve de cadre de gouvernance général et soit au cœur du processus budgétaire du ‘Semestre européen’ qui évaluera la conformité des plans de relance nationaux avec les objectifs stratégiques de l’UE.

Mais beaucoup de questions restent ouvertes, selon l’ancien ministre italien du Travail : les États membres acceptent-ils que le Green Deal européen soit la stratégie de croissance verte de l’UE ? Comment rembourser la dette contractée ? « Avec de potentielles nouvelles taxes au niveau européen, y compris une taxe carbone, ce serait un énorme pas en avant », a-t-il estimé.

Pascal Lamy a néanmoins précisé que le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, attendu dans un peu plus d’un an, ne servira pas à rembourser la dette. L’Allemande Maja Göpel, pour sa part, a suggéré « un impôt sur les sociétés ». (Aminata Niang)