Environnement. Voulez-vous sauver les océans, les lacs et les rivières ?

C’est la question que l’Europe pose à ses habitant à travers une enquête. En y répondant, vous pouvez contribuer à restaurer la qualité de l’eau d’ici à 2030, assure Pascal Lamy qui dirige la mission.

Avec Geneviève Pons, membre de la mission Étoile de mer, et François
Houllier, président et directeur général d’Ifremer. Protéger l’océan est une nécessité vitale pour les générations futures, nos gouvernants le savent.

Pourquoi interroger les citoyens européens sur le sujet ?

Geneviève Pons : Le projet Océans de la Commission est aussi ambitieux que le fût, en 1962, le projet américain d’envoyer un homme sur la Lune. Il a donc besoin d’une très large mobilisation. C’est la clé de son succès. On ne parviendra pas à mener toutes les actions nécessaires pour connaître, protéger et restaurer, d’ici à 2030, les eaux maritimes et terrestres, si cette volonté n’est pas partagée par tous. Cependant, il ne s’agit pas seulement
d’obtenir l’adhésion des Européens. Le rapport de la mission présidée
par Pascal Lamy n’est pas encore finalisé. Il sera enrichi dans les prochaines semaines des idées et propositions recueillies lors de cette
consultation. Chacun peut donc réellement apporter sa contribution à la mission. Si nous voulons que la protection de l’océan et des milieux aquatiques bénéficie d’un maximum de moyens, il faut que nous soyons très nombreux à manifester notre intérêt sur starfish2030.ifremer.fr


À ce stade, quelles sont les propositions du rapport Starfish 2030 ?

G.P. : Le projet s’appelle Starfish (Étoile de mer) parce qu’il a cinq branches : faire connaître et aimer l’océan et les milieux aquatiques ; restaurer
les écosystèmes ; résorber la pollution ; réduire les teneurs en carbone ;
et revoir la gouvernance des milieux marins et d’eaux douces. L’idée directrice du rapport est que les enjeux sont nombreux, complexes
et interdépendants. Ils doivent donc être tous abordés de front. Les
cinq objectifs sont déclinés en dix sept priorités allant de la création
d’aires marines protégées à l’implication plus forte de l’Europe dans une
gouvernance mondiale de l’océan. En passant par la fin de la surpêche,
le développement des énergies marines et la lutte contre la pollution par
les plastiques… Au total, le rapport estime qu’il faudra investir 500 milliards d’euros sur la période 2021-2027, soit près de 70 milliards par an. De quoi participer à la relance de l’activité et de l’emploi dans l’Union ! Toutefois, nous insistons aussi sur l’autre condition du succès : un engagement puissant de la société.

C’est pour cela que Starfish 2030 a sollicité Ifremer… Et Ouest-France !


François Houllier : En effet, l’Institut français pour la recherche et l’exploitation de la mer se reconnaît parfaitement dans les défis posés par la mission Starfish 2030. Nos activités sont, elles aussi, confrontées au déficit de connaissance et d’émotion envers les thématiques océaniques. Il nous faut faire toujours plus de « science en société » pour porter nos messages. Ouest-France est un relais précieux pour ça. Et de nombreux autres partenaires vont nous aider à obtenir le maximum de réponses à cette importante enquête : des centres de culture scientifique et technique, comme Nausicaa, Océanopolis, le musée océanographique de Monaco, des
agences publiques comme l’Office de la biodiversité ou les agences de
l’eau, la communauté scientifique et des associations ou réseaux comme
Les petits débrouillards. Et certains participants tirés au sort seront invités à débattre en direct avec Pascal Lamy, le 5 décembre. Le but est que chacun, qu’il vive sur le littoral ou bien au centre de la France, se sente concerné par la sauvegarde des rivières et des océans et qu’il s’engage en ce sens.

Pourtant, un effort européen, aussi ambitieux soit-il, peut difficilement
régler les problèmes d’un océan global…


F. H. : Sans doute, mais l’Europe est déjà, à elle seule, une grande puissance
maritime. Avec près de 19 millions de kilomètres carrés de zone
économique exclusive, elle peut faire beaucoup. Et puis, il faut compter sur l’effet d’entraînement. Les actions vertueuses que nous mettrons en place en Méditerranée, par exemple, pourront inspirer nos voisins d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. De plus, grâce aux territoires d’outre-mer, où l’Ifreme a des laboratoires et qui sont évidemment associés à cette consultation, la France et l’Europe sont présents dans tous les océans.
Enfin, la vision globale ne doit pas nous empêcher de nous féliciter des
résultats que nous pouvons obtenir localement. Je peux citer l’exemple de l’étang de Thau, dans l’Hérault, qui était, il y a quelques décennies, fortement dégradé. Aujourd’hui, il peut être considéré comme sain. On
obtient aussi de bons résultats dans la restauration de récifs coralliens ou de mangroves. Tout en impliquant
des jeunes, ce qui est essentiel…

G. P. : L’idée de la mission Starfish 2030 est d’enclencher des actions et
des prises de conscience. Nous voulons montrer aux gens qu’ils peuvent tous faire quelque chose parce que l’océan commence dans leur évier et
sur la rive du ruisseau voisin…