Pascal Lamy: «L’UE sera plus offensive sur ses valeurs et plus défensive sur ses intérêts»

Mathieu Solal (à Bruxelles) 22 février 2021 à 17h45

L’ancien commissaire européen au commerce (1999-2004), président émérite de l’Institut Jacques-Delors, analyse le renouvellement de la politique commerciale européenne

La Commission européenne a dévoilé jeudi une communication détaillant sa nouvelle politique commerciale. Bruxelles entend notamment s’orienter vers une « autonomie stratégique ouverte », concept qu’elle définit pour la première fois comme mettant l’accent « sur la capacité de l’UE de faire ses propres choix et de façonner le monde qui l’entoure par son rôle de chef de file et par son engagement, à la lumière de ses intérêts stratégiques et de ses valeurs ».

Que faut-il retenir de cette première révision de la politique commerciale européenne depuis 2015 ?

Plus qu’une inflexion mais moins qu’un tournant : c’est une nouvelle politique commerciale qui a été dévoilée jeudi. Le meilleur mot pour définir cette communication résolument géopolitique est « durcissement ». Elle prend acte des changements qui ont affecté le monde, l’Union européenne et la nature même de l’échange commercial en ce qu’ils impactent les valeurs et les intérêts européens. A commencer par une Chine qui a cessé de converger depuis dix ans vers le modèle libéral dominant du capitalisme de marché, ce qui peut remettre en cause les effets bénéfiques traditionnels de l’ouverture des échanges. Les Européens ont aussi appris, avec Donald Trump, que les Etats-Unis pouvaient entrer en conflit frontal avec eux sur le terrain commercial. L’UE elle-même a décidé de changer profondément avec son nouvel axe stratégique : le Pacte vert. D’une certaine manière, la décarbonation remplace le marché intérieur ou l’euro comme grande étape de l’intégration économique européenne. L’échange commercial a aussi changé en se digitalisant rapidement, d’où l’importance grandissante des services et des données. Enfin, politiquement,
la mondialisation est désormais perçue comme plus douloureuse dans les pays riches, car la plupart n’ont réussi ni à bien la maîtriser, ni en partager équitablement les bénéfices et les coûts.

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