La Revue européenne du droit dessine les contours d’une « nouvelle gouvernance mondiale »

Dans sa dernière livraison, la publication scientifique réfléchit aux nécessaires solutions juridiques face aux défis globaux que sont les pandémies ou la crise climatique.

Par Marc Semo

La pandémie de Covid-19 a montré à la fois l’évidence de la globalisation et celle de la crise du multilatéralisme. Alors que l’humanité est, pour la première fois de son histoire, confrontée dans sa totalité à la même peur au même moment, les outils forgés depuis l’après-guerre autour du système onusien ont montré leurs limites. Qu’est-ce que pourrait donc être une gouvernance mondiale alors même qu’il y a « une inadaptation croissante de la pensée juridique traditionnelle » face aux nouveaux défis globaux que sont les pandémies, la crise migratoire, la crise climatique, les bulles financières, etc. ? Tel est le thème du second numéro de la Revue européenne du droit (RED), dans la mouvance du Grand Continent, revue en ligne sise à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  L’ONU, symbole du désordre mondial

Sous la direction scientifique de Mireille Delmas-Marty, membre de l’Institut et professeure honoraire au Collège de France, ce riche numéro réunit des contributeurs de premier plan – dont Pascal Lamy, président du Forum de Paris pour la paix, l’ancienne ministre de la justice Christiane Taubira, Samantha Besson, professeur de droit international des institutions au Collège de France, le juriste Dominique Rousseau, le philosophe Olivier Abel et tant d’autres – aux côtés de jeunes chercheurs.

« Polylatéralisme »

« Une véritable gouvernance mondiale des biens communs, si elle est possible, ne peut être que plurielle et instable, hybride et flexible », écrit Mireille Delmas-Marty dans son propos liminaire cosigné avec Hugo Pascal et Vasile Rotaru, deux doctorants en droit public, rédacteurs en chef de la revue. L’enjeu est de « pacifier les humains sans les uniformiser ». « Une gouvernance plurielle permettrait l’émergence d’un récit de l’humanité comme une aventure commune, à la recherche d’un équilibre dynamique permettant de stabiliser les sociétés dans leurs rapports réciproques et sans les figer dans leurs différences », souligne le texte.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Michel Duclos : « C’est avec l’administration Biden que Paris pourrait tenter de relancer le débat sur la gouvernance mondiale post-Covid »

La crise du multilatéralisme est aussi celle d’un système international où la souveraineté étatique devient toujours plus fictive. D’où la proposition de Pascal Lamy d’instaurer un « polylatéralisme » afin de mettre autour de la table les nombreux agents non étatiques – villes, gouvernements régionaux, ONG, mais aussi entreprises − qui ont une influence croissante mais ne trouvent pas véritablement de place dans le cadre du multilatéralisme formaliste des Etats-nations.

En clôture de ce numéro, Mireille Delmas-Marty, dans un long dialogue avec le philosophe et théologien protestant Oliver Abel, rappelle « qu’à la différence des communautés nationales, la communauté mondiale émergente n’a, pour s’inscrire dans la durée, ni mémoire collective, ni histoire commune née d’un passé partagé ». D’où l’importance de l’« anticipation », c’est-à-dire de penser ce qui va advenir « afin de pouvoir durer dans l’imprévisible à mesure que l’humanité prend conscience de son destin commun ».

Revue européenne du droit. « Gouverner la mondialisation ». Année 02. mars 2021, numéro 2, 24 €.

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