Au Forum sur la paix, un plaidoyer pour réduire les inégalités

Deux ans après le début de la pandémie, le creusement des inégalités entre les pays a été au centre de l’attention des chefs d’Etat réunis à Paris au Forum sur la paix. Emmanuel Macron a une nouvelle fois plaidé pour un multilatéralisme efficace.

Par Virginie RobertPublié le 11 nov. 2021 à 19:15Mis à jour le 11 nov. 2021 à 19:35

Ils ont tous fait le même constat. Du plus puissant au plus modeste, les dirigeants politiques réunis jeudi au Forum sur la paix, à la Villette, ont partagé leurs craintes face au creusement des inégalités sanitaires, climatiques, éducatives engendrées par la pandémie de Covid. Le président du Nigeria, Muhammadu Buhari, n’a pas mâché ses mots : « Des pays reçoivent des boosters quand, ailleurs, des millions n’ont pas reçu une seule dose. »

Seulement 6 % de la population africaine est vaccinée, quand le taux monte à 60 % en Europe. Il a demandé la levée des restrictions aux exportations et le développement de capacités manufacturières de vaccins en Afrique. « C’est aussi une menace pour la paix », a souligné la Première ministre du Bangladesh, Sheikh Hasina, qui a aussi évoqué le climat et la question des migrations comme facteurs aggravants pour les pays les plus pauvres.

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Les Etats-Unis étaient pour la première fois représentés à ce forum sur la gouvernance mondiale, dont c’est la quatrième édition. Kamala Harris, la vice-présidente américaine , a insisté longuement sur la nécessité de réparer les inégalités que le Covid a pu accentuer. « Les failles s’approfondissent et c’est inacceptable. C’est un impératif stratégique car le monde est plus interdépendant que jamais », a-t-elle affirmé.

Contrôle des armements et démographie

Hôte du forum, Emmanuel Macron a décrit un monde de plus en plus inquiétant, notamment d’un point de vue sécuritaire. « Je crois en un multilatéralisme efficace », a-t-il dit, bien que celui-ci ait été fragilisé et a parfois perdu en légitimité, et qui fait coopérer Etats, ONG, société civile. Une méthode éprouvée avec les COP, qu’il souhaite étendre prochainement au contrôle des armements « car, sinon, de grands conflits se préparent ».

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Le président français a insisté sur le besoin de prendre en compte les questions de démographie mondiale « avec un Nord qui vieillit et un Sud avec des enfants sans perspective », aux côtés de celles du climat, des droits et des libertés, et de la nécessité de réguler l’espace numérique.

Les femmes en première ligne

Préoccupée par une reprise économique qui sera, selon elle, aussi inéquitable que l’accès aux vaccins pour les pays les plus pauvres, la philanthrope Melinda French Gates, qui participait au forum, estime que les Etats les plus riches doivent les soutenir en allouant une partie de leurs droits de tirages spéciaux que le FMI a libérés à hauteur de 650 milliards de dollars.

« Les pays riches ont utilisé tous les outils à leur disposition pour la relance, il est temps d’être généreux », a-t-elle affirmé lors d’un entretien, jeudi, à Paris. La France, a d’ailleurs rappelé Emmanuel Macron, a réalloué 20 % de ses tirages spéciaux à des pays moins favorisés. Melinda French Gates s’alarme aussi des effets de la pandémie sur la condition des femmes dont la participation au marché du travail a baissé de 10 %. « L’impact que le Covid a eu sur les femmes est très préoccupant, il faut absolument produire plus de données sur la vie des femmes pour pouvoir mieux les accompagner », insiste-t-elle.

Virginie Robert

Lien vers l’article des Echos