Lamy : « L’OPEP impose un rapport de force, mais sans sortie du pétrole la COP28 sera un échec »

Une semaine après le début de la COP28 à Dubaï, l’ancien directeur général de l’OMC Pascal Lamy livre un premier bilan qu’il juge insuffisant. Il déplore l’absence de négociation sur la question de la sortie du pétrole et du charbon et étrille la position de l’OPEP qui demande à ses pays membres de rejeter tout accord sur la fin des hydrocarbures. L’ancien Commissaire européen livre un toutefois un plaidoyer pour aligner la mondialisation sur les engagements climats.

Par Anne Tezenas le 10.12.2023 à 11h40, mis à jour le 10.12.2023 à 10h45


Que vous inspire la prise de position de l’OPEP qui demande à ses pays membres de ne pas signer un accord contraignant sur la sortie du pétrole ?

Le cartel le plus puissant du monde a parlé. Les masques sont tombés. Il s’agit donc bien d’un rapport de force économique et politique que tentent d’imposer ces pays producteurs de pétrole. Cette annonce intervient après une première semaine de COP où les négociations avaient déjà laissé de côté l’essentiel : les modalités de sortie des énergies fossiles différenciées selon le niveau d’industrialisation.

L’abandon du charbon et du pétrole doit être acté à Dubai sinon cette COP sera un échec. Cette décision doit être différenciée en fonction des pays. Ceux industrialisés doivent en sortir d’ici 10 à 15 ans. Ceux non industrialisés doivent avoir plus de temps. Les puissances qui ont bénéficié de ces ressources énergétiques doivent montrer l’exemple.

Vous suggérez aussi d’imposer aux entreprises pétrolières des « obligations de récupération du carbone » pour qu’elles retirent et stockent le carbone généré par les produits qu’elles vendent. Possible ?

Oui, même si ça risque de faire mal dans leurs bilans quand les provisions nécessaires devront être comptabilisées. Elles devraient l’anticiper plutôt que de retarder l’échéance.

Quels autres enseignements tirez-vous de cette première semaine ?

Le sultan Al Jaber, président de la COP28, a réussi à désamorcer la bombe géopolitique concernant le fonds de compensation entre les pays du Nord et ceux du Sud. Au-delà, les annonces sont pour le moment partielles. Autre déception à ce stade : le bilan mondial souligne que nous ne sommes pas sur la bonne trajectoire de réduction des émissions. Et pourtant, cette COP n’en tire pas les enseignements.

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Comment expliquez-vous ces défaillances ?

L’Accord de Paris était insuffisant en matière de gouvernance internationale.

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