« Nous sommes décalés par rapport à la composition du monde. Nous réglementons trop, nous investissons trop peu, nous sommes trop ouverts et nous ne défendons pas assez nos intérêts », a déclaré le président français, Emmanuel Macron, dans son discours sur l’Europe, jeudi 25 avril (voir autre nouvelle).
L’UE doit être moins naïve sur le plan commercial, selon lui, et cela passe par des clauses miroirs dans les accords de libre-échange ou l’élargissement du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM). C’est précisément ici que sa méthode diverge d’autres pays membres de l’UE, de la Commission européenne et de nombreux experts sur ces sujets.
Ces derniers mois, la Commission européenne a développé, mis en place et en exécution plusieurs outils de défense commerciale, pour, justement, en terminer avec cette « naïveté » tant dénoncée. L’UE doit toutefois veiller à ne pas devenir une « prison de la sécurité économique », met en garde la cheffe de la direction générale du Commerce à la Commission européenne, Sabine Weyand, intervenant lors d’un événement organisé par le ‘Centre for European Policy Studies’, mercredi 24 avril. « C’est un jeu perdant-perdant », selon elle. Diversifier les partenaires commerciaux est d’une importance majeure, a-t-elle rappelé, attaquant le rejet de l’accord UE/Mercosur par Emmanuel Macron.
Les accords de libre-échange ont toujours bénéficié à l’UE, d’après Pascal Lamy, vice-président du centre de réflexion Europe Jacques Delors, ancien directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et ancien commissaire européen au Commerce. « Aucun des accords commerciaux n’a altéré l’augmentation de notre excédent commercial avec ces pays. Cela a toujours fonctionné en notre faveur », a-t-il indiqué à Agence Europe.
Il admet qu’une adaptation est nécessaire dans les attentes des Européens, s’agissant d’ajouter la dimension de sécurité économique et de durabilité dans les accords. L’UE a, dans ces domaines, une position de négociation moins forte que pour l’accès au marché, explique-t-il. Cela nécessite de faire du sur-mesure sur ces deux sujets.
Sa collègue chez Europe Jacques Delors Cláudia Azevedo en donne un exemple concret : pour un pays qui extrait beaucoup de matières premières critiques, les dispositions sur la déforestation dans l’accord ne sont peut-être pas si pertinentes. En revanche, des dispositions sur l’extraction responsable peuvent l’être, a-t-elle expliqué à Agence Europe. (Léa Marchal)