Les guerres en Ukraine et à Gaza mettent à l’épreuve la cohésion occidentale. Rarement la diplomatie a été aussi fiévreuse. Les commémorations du 6 Juin marquent-elles la fin d’une solidarité à bout de souffle ou annoncent-elles un regain de vigueur, une réaffirmation de sa raison d’être ?
Avec
- Thomas Gomart Historien des relations internationales, directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI).
- Gérard Araud Diplomate, ancien ambassadeur de France aux États-Unis
- Pascal Lamy Ancien directeur de l’OMC et président du Forum de Paris pour la Paix
Longtemps bercés dans l’illusion d’une paix perpétuelle, les Européens affrontent le retour de la guerre. Deux ans et demi de conflit en Ukraine ; huit mois sanglants à Gaza, et le déchaînement dans nos pays d’émotions rivales. Deux guerres dont on ne voit pas la fin, qui mettent à l’épreuve cette cohésion occidentale tant célébrée ces derniers jours en Normandie – les commémorations du 6 juin marquaient-elles la fin d’une solidarité à bout de souffle, annoncent-elles au contraire un regain de vigueur, une réaffirmation de sa raison d’être ?
La mondialisation des échanges menacée?
Rarement la diplomatie a été aussi fiévreuse. Discussions hier entre les présidents français, ukrainien et américain, conversations aujourd’hui encore à Paris au sujet de Gaza puisque Joe Biden poursuit en France sa visite d’État. Jeudi prochain en Italie, sommet des chefs d’État et de gouvernement du G7 ; samedi prochain à Lucerne en Suisse conférence pour la paix en Ukraine sans la Russie et sans la Chine – une centaine de pays y seront néanmoins représentés, certains de leurs émissaires viennent de quitter le Forum économique de Saint-Pétersbourg, où Vladimir Poutine a durci ses menaces contre les intérêts occidentaux tout en célébrant le nouveau monde multipolaire et le sud global. La Russie ne parvient pas à gagner la guerre en Ukraine, mais partout sa diplomatie s’active – Sergueï Lavrov vient de terminer une tournée africaine au Tchad, non sans critiquer la France, devenue la cible privilégiée des campagnes de désinformation et d’intimidation en tous genres. Entre eux, les Européens restent unis dans leur soutien à l’Ukraine, mais ils ne parviennent pas à forger une position commune sur la guerre entre Israël et le Hamas – pas question d’Europe-puissance au Proche-Orient où le duel s’est cristallisé entre Washington et Téhéran. Face à la Chine, l’Union est à la peine, prise en étau entre les pressions des États-Unis pour contrer le dynamisme chinois, et les intérêts vitaux de ses grandes économies, à commencer par l’Allemagne. La diplomatie se préoccupe de la guerre, des deux guerres, s’arrête-t-elle ou change-t-elle de priorités face aux réalités économiques et commerciales ? Le délitement du système multilatéral entraîne-t-il une logique des blocs qui menace la mondialisation des échanges ?