L’Organisation mondiale du commerce a fêté jeudi les 30 ans de sa création, un anniversaire en toute discrétion à l’heure où Donald Trump est en train de dynamiter le système mondial de libre-échange. L’instance paraît aujourd’hui paralysée, mais il n’en est rien, assure Pascal Lamy, interrogé dans le 19h30 de la RTS.
Malgré le ballet des limousines, l’ambiance n’est pas à la fête devant le siège de l’OMC. Les médias sont tenus à distance. On aperçoit à peine la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, la grande patronne de l’OMC, qui n’a plus donné d’interview depuis des semaines.
La RTS a appris que la Suisse, par son ambassadeur, a initié jeudi une déclaration pour soutenir le libre-échange. Elle souligne le rôle central et indispensable de l’OMC pour un système commercial mondial prévisible, transparent, non discriminatoire et ouvert. Mais sur 166 pays, 125 n’ont pas signé.
L’OMC est-elle en état de mort clinique aujourd’hui? « Non, je ne crois pas. Il faut regarder les chiffres: les Américains représentent 13% des importations mondiales », a tempéré dans le 19h30 de la RTS l’ancien directeur général de l’OMC et commissaire européen pour le Commerce Pascal Lamy.
Un coup de folie
« Ils sont devenus fous sur le plan tarifaire et il a fallu que la réalité économique, celle des marchés financiers […] tape dur pour que Monsieur Trump change d’avis. Encore que: il s’agit d’une pause provisoire », commente celui qui était aussi le directeur de cabinet de Jacques Delors, alors président de la Commission européenne.
« Il n’y a aucune raison pour que les 87 autres pourcents du commerce mondial soient contaminés par cette folie. Au contraire, c’est peut-être le moment de réaliser que l’ouverture des échanges est la bonne voie et que le protectionnisme ne fait que des dégâts », plaide-t-il.
« Donald Trump essaie de démolir le système. Les Etats-Unis sont de fait sortis de l’OMC, ce qui est très regrettable. Il faut simplement s’assurer que la contamination ne se produise pas. C’est le rôle de l’OMC aujourd’hui: éviter que les bêtises américaines n’amochent l’ensemble du système mondial », lance Pascal Lamy.
Méthode « mafieuse »
Mais le système d’échanges au niveau mondial peut-il vraiment tenir sans les Etats-Unis? « Il y a certes des petits acteurs qui ne peuvent pas faire grand-chose si Donald Trump veut leur extorquer quelque chose, et notamment de l’argent, ce qui est un peu la méthode mafieuse! », convient l’ex-directeur de l’OMC.
« Mais vous avez de gros ensembles comme la Chine, comme l’Union européenne, comme l’Inde, qui ne se laisseront pas faire. Nous, Européens, avons une puissance de feu, de rétorsion. C’est peut-être en partie en considération de ces puissances de feu qu’il a reculé », avance-t-il, « même si je crois que les marchés obligataires ont joué leur rôle ».
Reste, pour Pascal Lamy, le problème de l' »embargo » que les Etats-Unis ont instauré sur le commerce chinois, « parce que des taux de 100%, ça revient à un embargo », lance-t-il. « Là, il faut que nous fassions attention que la production chinoise qui ne va plus aller aux Etats-Unis soit gérée correctement par le reste du monde. Voilà une question sur laquelle [travaille] l’Organisation mondiale du commerce, qui est tout à fait vivante, je vous le garantis! », insiste son ancien directeur.
« Ne faisons pas comme si c’était une affaire de commerce global. C’est une affaire entre un pays qui représente 13% des importations et une soixantaine de pays, pas une contamination globale. L’OMC est là pour vérifier que ça ne se transformera pas en contamination globale », conclut le haut fonctionnaire.