Au cœur de la tempête, le système multilatéral survivra-t-il?

GRAND RÉCIT – La controverse autour de l’Organisation mondiale de la santé, accusée d’être manipulée par la Chine, met en lumière et accentue la crise des institutions créées après 1945 pour stabiliser le monde et le rendre plus prévisible.

“Quand Donald Trump dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, cela renforce l’idée qu’on peut s’asseoir sur le système. Mais je n’en déduis pas pour autant que celui-ci soit condamné.”

Pascal Lamy, qui dirigea l’OMC entre 2005 et 2013, plaide également pour une réforme du système. «Imaginez que son architecture n’a pas changé depuis l’après-guerre… Je comprends très bien que des pays comme l’Inde et la Chine s’y sentent sous-représentés. Mais si on prend le second, il faut bien constater qu’elle investit le système multilatéral quand ça l’arrange et qu’elle le contourne le reste du temps, par exemple pour développer ses “nouvelles routes de la soie”. Alors oui, la Chine doit être partie prenante du système mais, pour cela, elle doit devenir un partenaire responsable.» Et l’Amérique? «Ce pays qui s’était habitué à dominer le monde le domine aujourd’hui un peu moins, et je comprends que ça l’inquiète. Quand Donald Trump dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, cela renforce l’idée qu’on peut s’asseoir sur le système. Mais je n’en déduis pas pour autant que celui-ci soit condamné.»
Pour le régénérer, certains proposent de «démocratiser» le Conseil de sécurité en y ajoutant un siège de membre permanent pour l’Inde, le Brésil ou le Japon. D’autres suggèrent, notamment en Allemagne, que la France mette celui qu’elle occupe à la disposition de l’Union européenne. Gérard Araud, qui représenta la France auprès des Nations unies entre 2009 et 2014, estime que «la priorité serait d’intégrer au cœur du système multilatéral, qui n’est pas une fin en soi et doit constamment faire la preuve de son utilité, les grands sujets émergents que sont l’intelligence artificielle, le développement des cryptomonnaies ou le changement climatique». D’autres encore, tel Pascal Lamy, appellent à renforcer l’autonomie des organisations de l’ONU, dont les États membres cherchent de plus en plus à contrôler l’activité par le biais de contributions volontaires fléchées.

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