“Les obstacles à l’échange se sont multipliés pendant la crise sanitaire et il va être difficile d’en sortir.”

Les échanges commerciaux pourraient diminuer d’un tiers, selon l’OMC

Des secteurs entiers de l’économie ont fermé à cause de la pandémie et les prévisions sont donc plutôt pessimistes: selon l’Organisation mondiale du commerce, les échanges commerciaux pourraient diminuer d’un tiers cette année.

Le commerce mondial, qui était déjà entravé par les tensions commerciales et les incertitudes autour du Brexit, est désormais totalement plombé par le Covid-19. La correction menace d’être particulièrement sévère pour l’Amérique du Nord et l’Asie, dont les exportations pourraient s’effondrer de plus de 35%, en retenant l’hypothèse la plus pessimiste des économistes, prévoit l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

L’Europe et l’Amérique du Sud devraient enregistrer des baisses supérieures à 30%.

Des protections néfastes

Ce qui inquiète Sébastien Jean, directeur du CEPII spécialisé en économie internationale, c’est la démultiplication des demandes de protection. Que ce soit aux Etats-Unis, en Europe ou en Asie, des mesures de restriction à l’exportation ont été instaurées. De quoi freiner encore plus le commerce mondial.

Un constat partagé par Pascal Lamy, président du Forum de Paris sur la Paix et ancien directeur de l’OMC entre 2005 et 2013, interrogé vendredi dans La Matinale: “Les obstacles à l’échange se sont multipliés pendant la crise sanitaire et il va être difficile d’en sortir. Et les Etats sont intervenus et vont continuer à intervenir énormément dans les économies, ce qui va impliquer des distorsions de concurrence.”

Le commerce va rebondir

Il y a toutefois peu de risque que le commerce mondial baisse durablement, estime Sébastien Jean. Le ralentissement sera long. Le commerce va rebondir partiellement l’an prochain. Mais, à ses yeux, pour revenir au niveau de 2019, il faudra attendre encore.

Pascal Lamy abonde dans ce sens: “Certains éléments de la crise vont s’effacer, notamment cette énorme chute du volume du commerce mondial, due au ralentissement et à l’arrêt des économies”. L’ancien directeur de l’OMC ne croit pas à une déglobalisation, mais il prévoit une forme de reconfiguration de la mondialisation, avec une augmentation de la résilience de certaines chaînes de valeurs qui ont montré qu’elles étaient fragiles.

Moins de biens, plus de services

Selon Pascal Lamy, il y aura un peu moins de commerce de biens manufacturés et probablement bien davantage de commerce de services, notamment grâce à l’énorme coup de pouce que cette crise aura donné à la numérisation.

S’agissant de la relocalisation en Europe de la production de certains biens, notamment sanitaires tels les médicaments, l’ancien haut fonctionnaire croit qu’elle est “marginalement possible dans certains pays, mais à condition de bien s’assurer qu’une production relocalisée offre davantage de sécurité qu’une production délocalisée, ce qui n’est pas du tout sûr. Et cela aura un coût, et il faudra encore se mettre d’accord sur qui paie: les Etats, les contribuables ou les consommateurs?”

Pour Pascal Lamy, le vrai risque pour cette planète, ce n’est pas le Covid-19, mais la dégradation de l’environnement. Et pour y faire face, il faudra notamment adapter le prix du carbone, conclut-il.

>> Ecouter l’interview de Pascal Lamy dans La Matinale: https://www.rts.ch/info/economie/11332758-les-echanges-commerciaux-pourraient-diminuer-d-un-tiers-selon-l-omc.html?rts_source=rss_t