«Ce plan sera le marqueur du mandat de Von der Leyen»

Von der Leyen soumet son plan de relance

C’est la toute première étape d’un long parcours qui mettra encore à l’épreuve la solidarité entre les Vingt-Sept.

Plusieurs fois annoncée, plusieurs fois reportée, la présentation du plan de relance européen interviendra ce mercredi après-midi. Et c’est bien évidemment Ursula von der Leyen qui officiera, d’abord au Parlement européen puis dans la grande salle de presse de la Commission désertée par les journalistes. La présidente de l’exécutif européen joue gros. «Ce plan, juge Pascal Lamy, président de l’Institut Jacques-Delors, sera le marqueur de son mandat.» Il pourrait en tout cas être sans précédent pour l’UE alors que la crise va creuser encore les écarts entre les États membres et pourrait menacer la zone euro si rien n’est fait. Car les besoins de financements des pays et des entreprises sont immenses et les trésors de guerre très variables.

La grande inconnue restait encore, mardi, le montant de ce plan. «Les commissaires ont des documents sans chiffres», soupirait d’ailleurs un fonctionnaire européen. La riposte se chiffrera en centaines de milliards, voire en milliers de milliards d’euros. Ira-t-elle au-delà des 500 milliards de subventions aux pays, régions et secteurs, comme l’ont proposé la France et l’Allemagne la semaine dernière? On semblait plutôt confiant à Paris mardi. «L’initiative franco-allemande donne à Ursula von der Leyen à la fois un espace politique important qu’elle a recherché d’ailleurs et l’oblige à le dépasser pour ne pas donner le sentiment qu’elle ne fait que reprendre cette proposition. Elle doit définir une architecture beaucoup plus large et, ce faisant, marquer son indépendance institutionnelle», analyse un diplomate.

Ménager les «frugaux»

De là à aller jusqu’à 1500 milliards d’euros, comme le souhaitent l’Espagnol Pedro Sanchez et l’Italien Giuseppe Conte, ou à 2000 milliards d’euros, comme le réclame le Parlement européen dans une résolution, il y a un pas. Car «VDL», comme on la surnomme, doit aussi ménager les pays dits «frugaux». «On pourrait être à 700 ou 800 milliards d’euros d’argent frais, avec une proportion entre les subventions et les prêts de deux tiers pour un tiers», croyait savoir, mardi, un diplomate. «C’est le consensus bruxellois», s’amusait un autre. Grâce au jeu des effets de levier, le montant annoncé par la présidente de la Commission pourrait être bien plus important. Et davantage encore, si elle ajoutait les 540 milliards d’euros de prêts d’ores et déjà actés par l’Eurogroupe comme le faisaient, ces derniers jours, beaucoup de capitales.

L’architecture du plan est complexe. Il s’appuie sur le projet de budget européen pour la période 2021-2027 tel qu’il avait été présenté par Charles Michel en février dernier. Certains programmes existant seront renforcés, d’autres créés. Le plan sera articulé autour de trois piliers. Le premier, le plus important financièrement, aura vocation à soutenir les investissements publics des États membres dans les régions les plus touchées par la crise. L’accès à ces financements sera conditionné à des réformes dans le cadre du semestre européen, avait indiqué von der Leyen, et devra être cohérent avec les priorités de la Commission, «une Europe à la fois neutre sur le plan climatique et numérisée».

Le second pilier portera sur le soutien à l’investissement privé alors que, selon la Commission, 800 milliards d’euros seront perdus sur 2020 et 2021. Le programme InvestEU (ex-plan Juncker) sera ainsi «dopé». «Il pourrait être ajouté plusieurs dizaines de milliards d’euros à ce qui était prévu dans le cadre financier pluriannuel. On passerait peut-être de 30 milliards à 70 ou 80 milliards», explique un diplomate, parlant d’«un effet de levier de 400 milliards d’euros» via la Banque européenne d’investissement. C’est dans ce même programme que serait logé le fonds de solvabilité piloté par la BEI, destiné à protéger les entreprises stratégiques.

Enfin, le troisième pilier visera à tirer les leçons de la crise en créant notamment un programme santé ou en musclant RescEU pour augmenter les stocks européens de masques.