Covid : le Forum de Paris sur la paix se mobilise pour l’accès le plus large au vaccin

La troisième édition du Forum de Paris, en mode exclusivement virtuel cette année, sera dédiée à l’ordre mondial post-Covid. Les organisateurs dont le mantra est de mobiliser toutes les bonnes volontés pour résoudre les défis du monde, veulent mettre l’accent sur un accès large et équitable au vaccin contre le Covid-19.

Par Catherine ChatignouxVirginie RobertPublié le 11 nov. 2020 à 12:00Mis à jour le 11 nov. 2020 à 17:33

Pour sa troisième édition, le Forum de Paris sur la paix s’ouvre sur une fin d’année particulièrement conflictuelle : conflit au Haut-Karabakh , hostilités turques en Méditerranée, guerres qui se poursuivent en Syrie et en Libye, manifestations violemment réprimées en Biélorussie ou au Kirghizstan, actions terroristes en Europe.

La perspective de l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche en janvier est l’un des rares éléments qui peut laisser espérer une amélioration de la qualité du dialogue international, moins agressif et moins unilatéral que du temps de Donald Trump. A cela s’ajoute l’impact d’une violente pandémie qui a touché toute la planète. « C’est une crise globale qui touche un domaine de gouvernance globale, celui de la santé, mais qui a eu 194 réponses, ce qui n’est pas particulièrement efficace », remarque Justin Vaïsse, directeur et co-fondateur du Forum de la paix.

Cet espace de dialogue, inauguré la première fois en 2018 pour célébrer le centième anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale veut être au multilatéralisme ce que Davos est à l’économie et Munich à la sécurité. Il s’agit moins de chercher des solutions pour résoudre les conflits du moment « que d’essayer de régler des problèmes globaux dont le non-règlement est facteur de tensions et de conflits futurs », souligne Pascal Lamy, président du Forum de Paris.

Solutions concrètes

L’ambition, pour cela, est de mobiliser acteurs étatiques et société civile avec le concours d’entreprises, d’ONG, et de citoyens pour avancer rapidement sur des thèmes concrets. Près de 7.000 visiteurs se sont retrouvés l’an passé à la Grande Halle de la Villette. Covid-19 oblige, la totalité du forum sera organisée en visioconférence, exceptée la rencontre, ce jeudi à l’Elysée, d’une poignée de dirigeants et responsables d’organisations internationales. « C’est un forum multi-acteurs, qui veut pousser des solutions concrètes avec une centaine de projets présentés et qui est également nord-sud », souligne Justin Vaïsse, qui voit cette conférence « un peu comme la Station F de la gouvernance mondiale ».

Le sujet prioritaire que les organisateurs comptent faire avancer cette année est celui de l’accès au vaccin contre le Covid-19 dont la distribution risque de s’avérer peu équitable. L’annonce lundi par le laboratoire Pfizer qu’un vaccin pourrait être disponible dès la fin de l’année rend ce sujet encore plus urgent.

« A échéance de l’été prochain, nous aurons un monde coupé en deux, entre le Nord qui aura accès facilement au vaccin et le reste de l’humanité, ce n’est pas acceptable », rappelle Pascal Lamy, pour qui il manque « une vingtaine de milliards d’euros, ce qui est peu de chose quand on pense aux 2.000 milliards consacrés chaque année aux dépenses d’armements ».

Mutation

Plusieurs sessions seront consacrées en particulier, ce jeudi, à l’« accélérateur ACT » qui rassemble des gouvernements, des laboratoires pharmaceutiques, des scientifiques, des entreprises et des philanthropes – dont la fondation Bill-et-Melinda-Gates – et dont le but est d’agir de concert pour mettre à la disposition de tous vaccins, tests et traitement contre la pandémie. Le Forum devrait annoncer des contributions supplémentaires à hauteur de 500 millions de dollars en provenance de la Commission européenne, de la France, de l’Espagne, du Royaume-Uni et de la Fondation B&M Gates.

Parallèlement à ces trois journées de discussions animées par une plateforme interactive, le président Macron, qui soutient depuis l’origine le Forum sur la paix, organise à l’Elysée, ce jeudi à la mi-journée, une rencontre hybride : seront présents la présidente du FMI, Kristalina Georgieva, le président du Sénégal, Macky Sall, et le président du Conseil européen, Charles Michel. A distance, participeront par visioconférence la chancelière Angela Merkel, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres. Au programme, l’ordre international post- Covid-19 et la réflexion sur l’indispensable mutation d’un système multilatéral en crise. Des débats dont Emmanuel Macron fera la restitution à la cérémonie d’ouverture du Forum jeudi après-midi.

Virginie Robert

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