Pandémie, des vaccins pour le monde

La course au vaccin est lancée. Mais qui en bénéficiera ? Les habitants des pays pauvres ne sauraient être oubliés. C’est une question d’humanité et d’efficacité. Car on ne terrassera la pandémie qu’en la combattant partout en même temps. Par Jeanne Emmanuelle Hutin.

La découverte de vaccins prometteurs fait naître l’espoir de sortir enfin de la pandémie meurtrière. Les États-Unis et l’Europe, qui ont investi dans la recherche, s’organisent pour les acquérir. Mais les habitants des pays pauvres accèderont-ils aussi rapidement aux vaccins ?

À ce stade, rien n’est moins sûr : 13 % de la population mondiale bénéficierait de plus de la moitié des doses de vaccins, d’après Oxfam. Nous devons éviter que les pays riches engloutissent tous les vaccins et qu’il n’y ait pas assez de doses pour les pays les plus pauvres , alerte le coordinateur du vaccin pour l’Unicef, Benjamin Schreiber.

L’Organisation Mondiale de la Santé s’organise pour distribuer équitablement les vaccins et pour que les pays pauvres disposent aussi de tests et de traitements. Les Européens soutiennent financièrement ce programme. Mais ce n’est pas suffisant : des pays manquent à l’appel, de grandes firmes pharmaceutiques n’y adhèrent toujours pas. Il manque une vingtaine de milliards d’euros ce qui est peu comparé aux 200 milliards consacrés chaque année aux dépenses d’armement , déplore Pascal Lamy (1).

C’est pourtant une question d’humanité car d’innombrables vies sont en jeu. C’est aussi une question de justice : la pandémie fait bondir la pauvreté dans le monde. C’est enfin une question d’efficacité : La solidarité mondiale est impérative pour vaincre le virus », préviennent les Nations Unies.

Solidarité et efficacité

En effet, pour terrasser la pandémie, il faut la combattre partout à la fois. Sinon, elle se réveillera sans cesse. On ne gagnera pas contre le virus en abandonnant une partie de l’humanité  , déclarait le Président de la République, Emmanuel Macron. Faisons des solutions à la pandémie, un Bien public mondial.

La course au vaccin devrait donc échapper à la course au profit. Car c’est un problème de santé publique mondial. Il importe que les États et les industries pharmaceutiques coordonnent leurs efforts plutôt que d’être dans une logique commerciale », plaide Rémy Salomon de l’AP-HP (2)

Des ONG demandent la transparence des prix, le partage des données scientifiques, le renoncement exceptionnel aux brevets qui ne doivent pas être un obstacle pour le Vatican. Car le vaccin   doit être produit partout pour être accessible en même temps aux gens du monde entier, pour Muhammad Yunus, prix Nobel de la Paix. Il faut permettre aux pays du sud à très grande population de produire leur propre générique , pour le chercheur Gaël Caron de l’EHESP (3). Aussi Médecins sans frontières appelle les gouvernements à soutenir la demande de l’Inde et de l’Afrique du Sud dont il sera aujourd’hui question à l’Organisation Mondiale du Commerce.

Le défi est immense. En plus de financer et de produire des milliards de vaccins, il faut aussi les acheminer, les stocker, les administrer. La difficulté est considérable là où manquent routes, infrastructures, personnels de santé… Il importe donc de préparer sans attendre l’arrivée des vaccins dans les pays pauvres comme dans les pays riches.

Solidarité et efficacité sont indissociables. L’épreuve de cette pandémie nous remet face au défi du développement, le « nouveau nom de la paix ». Dans la fidélité aux valeurs de liberté et de justice, les Européens gagneraient à intensifier leur engagement : gage de leur sécurité sanitaire et de leur rayonnement. Ne serait-ce pas utile quand la Chine se prépare à déployer sa « diplomatie scientifique et humanitaire » pour forger un ordre mondial aux antipodes des démocraties qu’elle conteste ?

(1) ex-directeur de l’Organisation mondiale du commerce.

(2) Assistance Publique – Hôpitaux de Paris.

(3) École des hautes études en santé publique.

Lien sur Ouest France