Newsletter Paris Influence: PFUE

ATTENTION, LES FRANÇAIS DÉBARQUENT : la présidence slovène du Conseil de l’UE a beau commencer ce jeudi, les regards sont déjà rivés sur les Français qui prendront leur relais semestriel en janvier 2022. Et non sans inquiétude, pour certains États membres champions du libre-échange qui préparent déjà leur contre-offensive, d’après plusieurs diplomates et fonctionnaires de ces pays avec qui mes collègues Giorgio Leali et Barbara Moens se sont entretenus.

Vous reprendrez bien un peu de souveraineté ? La présidence française imminente n’a fait qu’exacerber les tensions entre les pays, notamment nordiques, qui plaident pour une approche plus ouverte et moins régulée des questions commerciales et ceux, comme la France, qui soutiennent le virage des politiques européennes vers la notion d’”autonomie stratégique”. Ceux parmi vous qui sont versés dans les questions européennes reconnaissent là le nouveau mantra français de la politique commerciale et industrielle post-pandémique.

Ce sera sans eux. “L’objectif est simple : nous devons faire le plus possible avant que les Français ne soient aux manettes”, affirme sans ambages l’un des diplomates. En cause : la crainte de voir Paris peser encore plus dans la négociation de dossiers tel que les nouvelles règles encadrant l’accès des investisseurs étrangers sur les marchés européens de la commande publique, ou la ratification de l’accord commercial avec les pays du Mercosur.

“C’est de la paranoïa diplomatique”, rétorque Pascal Lamy. Pour le français qui fut Commissaire européen au commerce et directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, ces craintes sont largement injustifiées. “C’est assez révélateur aussi du fait que un certain nombre de pays dits libéraux commercialement continuent à voir la France comme un Raminagrobis [un chat des fables de La Fontaine] protectionniste, ce qui est assez largement surfait”, a-t-il ajouté. Tout en admettant qu’il y a eu en France une réticence traditionnelle à l’ouverture des échanges, même si les choses ont changé après 70 ans d’intégration européenne.

Cachez ces armes que la PFUE ne saurait voir. Lamy relativise aussi l’importance de la présidence, affirmant que le pouvoir des ministres présidant temporairement les diverses formations du Conseil de l’UE est “simplement marginal, d’ordre procédurier, comme d’inscrire tel ou tel point à l’agenda d’une délibération”. Il estime surtout que Macron va utiliser la PFUE pour mettre en scène son avantage comparatif dans l’échiquier politique français sur le plan européen, puisque la présidence sera coupée en deux par les élections présidentielles françaises — quand bien même, comme certains le redoutent, le rôle d’une présidence française n’est pas de valoriser son action à domicile.

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