TRIBUNE. “Il faut faire du Green Deal européen un plan d’action pour le climat et pour la justice sociale”

Quatorze dirigeants d’ONG, parmi lesquels Christophe Robert de la Fondation Abbé Pierre, Cécile Duflot d’Oxfam France ou Pascal Lamy de l’Institut Jacques-Delors, appellent l’Europe à être “l’alliée des citoyens dans la transition écologique” et font part de quelques désaccords avec le projet du “Green Deal européen” de la Commission européenne.

“Le 14 juillet, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, présentera 12 projets de lois européens sur la transition écologique, une étape majeure pour le Green Deal européen. Il est temps de transformer l’ambition européenne pour le climat en actions concrètes sur le terrain. Nous, organisations de la société civile, appelons Ursula von der Leyen et Emmanuel Macron, qui prendra la présidence du Conseil de l’Union européenne en janvier 2022, à accélérer la transition écologique en Europe tout en s’assurant qu’elle bénéficie à tous.

L’Europe doit être l’alliée des citoyens dans la transition écologique. Le 14 juillet, nous soutiendrons la Commission européenne si elle s’engage vers la création de millions d’emplois verts en accélérant le déploiement des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique et de la sobriété afin de sortir rapidement des énergies fossiles. Nous la soutiendrons si elle décide de pousser les États à enclencher une vague de rénovation performante des logements, qui sorte de la précarité énergétique 50 millions de familles. Nous la soutiendrons si elle contraint, par la norme, les constructeurs automobiles à ne plus vendre aucun véhicule essence, diesel et hybride, bien avant 2040. Cette date proposée par la France est trop tardive pour engager la filière vers un véhicule à très faible émission accessible pour les consommateurs. Nous la soutiendrons, enfin, si elle remet d’aplomb son marché carbone en appliquant pleinement le principe pollueur-payeur à l’industrie, l’aviation et le maritime, qui sont aujourd’hui des passagers clandestins du climat. Cette transformation de l’industrie européenne est la condition à un mécanisme carbone aux frontières juste et efficace qui devrait mettre sur un pied d’égalité les produits, européens et importés, tous ainsi couverts par le prix du CO2.

Nous nous opposerons à la Commission si elle va à l’encontre de la justice sociale

Ces propositions doivent être au cœur d’un Green Deal qui allie emploi, baisse des inégalités, innovation, et qui oblige les États et les entreprises à agir pour le climat. 

En revanche, nous nous opposerons à la Commission si elle va à l’encontre de la justice sociale. La création d’un nouveau marché carbone pour les carburants et le chauffage, qui ferait payer un prix du CO2 volatile et imprévisible à tous les ménages lorsqu’ils se rendent à la pompe ou qu’ils se chauffent au fioul ou au gaz fossile, est une proposition dangereuse. Le marché carbone toucherait de plein fouet les plus modestes, augmentant ainsi la précarité dans notre société. Cette approche de la politique climatique est une impasse qui risquerait de répliquer à l’échelle européenne les erreurs qui ont déclenché le mouvement des Gilets jaunes en France. Faire primer à terme le marché carbone sur la réglementation et l’action des États sera une source d’injustices. Nous demandons à la Commission d’y renoncer et à la France de s’y opposer vigoureusement.

La puissance transformatrice de la transition écologique doit être au service des citoyens. Un vrai Green Deal ne peut pas pénaliser les plus modestes. Nous appelons donc la Commission et la France à faire du Green Deal un plan d’action à la fois pour le climat et pour la justice sociale.”

  • Frédéric Amiel, coordinateur général des Amis de la Terre
  • Jean-Pierre Goudard et Julien Robillard, co-présidents du Cler, réseau pour la transition énergétique
  • Jean-François Maruszyczak, directeur Général Emmaüs France 
  • Alain Grandjean, président de la Fondation Nicolas Hulot 
  • Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre
  • Arnaud Schwartz, président de France Nature Environnement 
  • Jean-François Julliard, Greenpeace France
  • Pascal Lamy, président d’honneur de l’Institut Jacques Delors
  • Clotilde Bato, présidente de Notre Affaire à Tous
  • Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France
  • Morgane Créach, directrice du Réseau Action Climat 
  • Véronique Devise, présidente du Secours Catholique Caritas France
  • Alain Bazot, président de l’UFC-Que Choisir

Lien vers la tribune