A quoi sert (encore) l’Exposition universelle ?

L’Exposition universelle de Dubaï s’ouvre le vendredi 1er octobre pour six mois. Que vont y faire au juste les entreprises tricolores aux Emirats arabes unis ?

Par Sébastien Pommier

ll souffle un air de renouveau sur Dubaï. A la veille de l’ouverture de l’Exposition universelle 2020, décalée d’un an pour cause de pandémie, les autorités locales piaffent d’impatience. Il faut dire que les Emirats arabes unis ont mis le paquet pour cette première édition au Moyen-Orient du rendez-vous mondial de la connaissance, dont le thème est “Connecter les esprits, créer le futur”. Depuis leur création en 1851 à Londres, les Expos, qui ont notamment donné naissance à la tour Eiffel (1889), sont “une sorte de Jeux olympiques de l’architecture et de l’économie”, explique Pascal Lamy, l’ancien directeur général de l’OMC et ex-sherpa de la candidature France Expo 2025.  

Pour Dubaï, qui a peu de pétrole dans le sous-sol, c’est une opportunité unique de marquer son territoire. Toujours engagé dans sa politique d’influence globale, l’émirat a investi 8,2 milliards de dollars pour en assurer le succès, faisant notamment sortir de terre une ligne de métro pour l’occasion. Très axé sur le tourisme et les divertissements, l’émirat, qui a accueilli 16,7 millions de visiteurs en 2019, espère en attirer 25 millions à la faveur de cet événement.  

“30 millions d’euros de budget, dont un tiers réglé par le privé”

Au micropays de la démesure, sur une zone de 4,5 kilomètres carrés, les pavillons des 192 pays participants ont donc poussé à l’ombre de palmiers. Celui des locaux ressemble à un gigantesque faucon. A côté, celui de l’Arabie saoudite a été dessiné comme une grande fenêtre à ciel ouvert. La France, elle, a choisi de travailler sur la lumière, et aura “l’un des plus imposants”, prévient Erik Linquier, le commissaire général mandaté par le gouvernement pour mener le projet. Mais avec la menace Covid-19, à quoi faut-il s’attendre ? “Les Dubaïotes savent qu’il y a 25 épées de Damoclès au-dessus de leur tête, mais on sent un vent d’optimisme. Il y a une volonté pour que ça démarre fort, avec des allégements sur les contraintes sanitaires. On s’attend donc à avoir plus d’Européens que prévu”, poursuit le Français, qui met la dernière main au pavillon.  

La particularité des expositions universelles est qu’elles ressemblent à de gigantesques salons, drainant à la fois un grand public avide d’innovation et de découverte et des professionnels qui ont des solutions à promouvoir. C’est pour cela qu’une trentaine d’entreprises françaises (Orange, Engie, Accor, Renault, EDF…) ont mis la main au portefeuille pour être présentes à Dubaï. “Le budget de la France est de 30 millions d’euros, dont un tiers est réglé par le privé, détaille Erik Linquier. Mais cela nous situe encore loin derrière les Chinois (120 millions d’euros), les Japonais (90 millions), les Américains (70 millions), les Allemands et les Italiens (50 millions)”. Il n’empêche que c’est déjà plus qu’à la dernière édition à Milan en 2015, où les entreprises tricolores n’avaient réglé que 2 millions d’euros sur les 20 millions du budget de l’époque. Pour Dubaï 2020, les deux plus grands sponsors français s’appellent donc Orange et Engie, qui ont déboursé, selon nos informations, 1 million d’euros chacun pour s’afficher en XXL sur le pavillon. “Cet événement est l’opportunité pour le groupe de porter ses valeurs au-delà des 26 pays dans lesquels il est présent. Dubaï a pris le virage de la smart city. Il est donc intéressant pour nous de valoriser dans la région notre savoir-faire”, souffle-t-on chez l’opérateur télécom français.  

Un accent particulier étant mis sur la mobilité cette année, la RATP n’a pas manqué non plus de monter dans le train. Sa filiale RATP Dev, opérateur de réseaux de bus, tramways et métros dans 13 pays étrangers, est devenue un acteur clef au Moyen-Orient (à Riyad et Doha, mais non à Dubaï, justement), où les organisations régulatrices de transports sont friandes des compétences tricolores. “Pour nous, c’est une zone critique où l’on réalise un tiers de notre chiffre d’affaires [1,2 milliard d’euros, NDLR] et où il y a des projets majeurs, notamment en Arabie saoudite et en Egypte. On veut défendre nos positions”, justifie Laurence Batlle, présidente de RATP Dev. Derrière ces têtes de gondole tricolores se cachent aussi des start-up innovantes comme Flying Whales et ses ballons dirigeables géants dédiés à la logistique, qui sera l’une des attractions de cette édition.  

“Plus de l’image que des contrats”

Des milliers de Français sont donc attendus sur place, notamment des membres de fédérations patronales ou régionales qui veulent profiter de ce premier grand salon post-Covid pour repartir en conquête. Une dirigeante d’un groupe spécialisé dans l’automobile a ainsi fait passer une consigne claire à ses commerciaux : “J’en ai marre que l’on ne fasse que du Teams. Je veux que vous sortiez et repartiez sur le terrain !” Le message est clair. Mais est-ce que cela se traduira en commandes ? “Une exposition universelle, c’est plus de l’image que des contrats. Mais, sur les expositions thématiques, qui sont aussi organisées par le Bureau international des expositions (BIE), c’est l’inverse. Après le flop de France Expo 2025, que je regrette, nous travaillons justement à une candidature pour une exposition française dédiée à l’univers du son pour 2027″, nous confie Pascal Lamy, encore à la manoeuvre. 

C’est le Premier ministre Édouard Philippe qui a retiré en 2018 la candidature de la France pour 2025, expliquant redouter un dérapage financier, la France organisant déjà la Coupe du monde de rugby en 2023 et les Jeux olympiques en 2024. Pour réconcilier tout le monde, les organisateurs de Dubaï ont fait une fleur aux Français : la journée consacrée à la France – chaque pays aura la sienne – est programmée dès le 2 octobre. L’exécutif tricolore se rendra donc très vite dans le Golfe. “En matière de protocole, c’est pas mal. On verra si cela nous rabiboche avec le BIE”, conclut un brin amusé Pascal Lamy. 

Sébastien Pommier, lien vers l’article de L’Express