Economie. Pour l’ancien patron de l’OMC, l’offensive trumpiste en matière commerciale masque une menace beaucoup plus grande sur les fondements mêmes de la démocratie américaine.
Ancien commissaire européen puis directeur général de l’Organisation mondiale du commerce pendant huit ans, Pascal Lamy connaît mieux que personne les arcanes internationaux du libre-échange. Il livre à L’Express son sentiment sur les barrières douanières érigées par le président américain, qui mettent en émoi la planète. Et appelle à ne pas tomber dans « le piège de l’hyper-réaction ».
Les droits de douane tous azimuts annoncés par Donald Trump le 2 avril ont provoqué une onde de choc dans le monde entier. Comment l’analysez-vous ?
Pascal Lamy Je trouve cette agitation étonnante. Le registre de Trump est d’ordre mafieux : vous payez, ou vous aurez des ennuis ! Tout est basé sur ce principe, parce que Donald Trump est inculte économiquement, génial politiquement, et qu’il brandit une menace aussi vieille que l’humanité : la bourse ou la vie.
Quand François Bayrou dit que c’est une catastrophe pour le monde de l’économie, c’est surtout une catastrophe pour les Américains. Les Etats-Unis représentent 13 % des importations mondiales. Vous avez donc 87 % du commerce international qui n’a aucune raison de se laisser contaminer par cette folie.
D’autant que le point de départ du raisonnement de Trump est biaisé. « Maga » [Make America Great Again], signifierait que les Etats-Unis ne sont pas aussi puissants qu’ils devraient l’être. C’est faux ! Le narratif d’une Amérique faible, pillée par le reste du monde, ne tient pas la route une seconde. L’économie américaine va bien. C’est la société américaine qui va mal. Ses difficultés tiennent à un capitalisme à la fois efficace et brutal.
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