«Le test britannique est un test historique. Une forme de rivalité va s’installer..»

Avec le Brexit, Bruxelles se cherche un avenir sans Londres

Le référendum de 2016 n’a en aucun cas été un ressort pour l’Union. S’ils ont su absorber plusieurs crises majeures, les Vingt-Sept n’ont guère avancé sur nombre de dossiers alors même que cela fait quatre ans que les Britanniques sont en retrait.

Les Britanniques partis, les Vingt-Sept se retrouvent face à eux-mêmes: avec le Brexit, ils perdent 66 millions d’habitants, la cinquième économie mondiale et 15 % du PIB européen. Paris s’emploiera certes à ce qu’il n’en soit pas ainsi, mais ils voient aussi s’éloigner un partenaire de premier rang dans un monde toujours plus imprévisible, membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU. «Lors d’une réunion du G20, j’avais croisé Obama et Poutine dans les toilettes et ils m’avaient dit:C’est vraiment une catastrophe ce Brexit”, se souvient Pascal Lamy, ancien directeur général de l’OMC. Pour les gens de cette planète, l’UE c’était la France et l’Allemagne qui ne se font plus la guerre et la Grande-Bretagne qui a rejoint le continent. La moitié de ce narratif a sauté.» L’ancien représentant permanent de la France à Bruxelles, Pierre Sellal, parle d’«un affaiblissement majeur de l’Union sur le plan politique, économique, démographique».

«Ils vont tomber dans l’insignifiance»

L’Europe se portera-t-elle mieux sans le Royaume-Uni? Pour certains, cette relation ambiguë et versatile n’avait que trop duré. «On ne parlera plus des Britanniques. Ils vont tomber dans l’insignifiance. Ils vont se débattre pour arriver à des résultats qu’ils présenteront comme faramineux. Mais ils ne pèseront que ce qu’ils pèsent vraiment sur la scène mondiale», estime l’ex-eurodéputé Alain Lamassoure. C’est ce que veut croire aussi Ursula von der Leyen. «Lorsque le soleil se lèvera demain, un nouveau chapitre s’ouvrira», écrit-elle, dans un message adressé vendredi matin aux fonctionnaires de la Commission. Alors qu’elle n’a d’autre choix que d’aller de l’avant, elle souligne l’«occasion unique» de voir l’Europe «montrer la voie dans la double transition écologique et numérique». Encore faudrait-il que les négociations prochaines avec Londres ne vampirisent pas trop l’agenda européen. «Les ennuis commencent, soupire un diplomate. La vraie négociation débute maintenant et ce sera horriblement difficile». Pascal Lamy n’est guère plus optimiste. «Le test britannique est un test historique. Une forme de rivalité va s’installer. Nous en avons pour quinze ans parce que ce n’est que dans quinze ans qu’on saura si la Grande-Bretagne marche mieux toute seule ou dans l’UE.» Bien malin celui qui peut répondre à cette question. «C’est la première fois qu’un pays quitte l’UE. Personne ne sait ce qui va se passer», admet Judy Dempsey, membre de Carnegie Europe. «Le Brexit peut leur donner un nouveau ressort, un ressort psychologique absurde que rien ne justifie», avance un diplomate. «Plus l’Union ira de l’avant, plus les Britanniques seront proches», assure Pierre Sellal.

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