La démondialisation est-elle pour demain? Pascal Lamy répond «précautionnisme» plutôt que «protectionnisme».

L’opinion a complètement intégré l’ampleur de la crise économique 

Effondrement de la croissance, millions de salariés en chômage partiel, baisse de la consommation… l’opinion a déjà intégré l’ampleur et la durée de la crise économique qui a déjà commencé : neuf Français sur dix pour OpinionWay pensent que la situation va encore se dégrader. Les dernières annonces sur le plan de sauvetage des entreprises n’a pas complètement convaincu puisque davantage de Français doutent de la capacité de leur entreprise à faire face (54 % sont confiants d’après BVA).

Les entreprises attendues au tournant pour faire partie de la solution

Les citoyens attendent des décisions des gouvernements, mais les entreprises ont également un rôle à jouer : dans une comparaison internationale qui rassemble dix pays les entreprises avec 62 % de confiance sont davantage attendues que les gouvernements (55 %). Les autorités sanitaires arrivent logiquement en tête.

Inditex, l’entreprise espagnole leader mondial du prêt-à-porter avec ses enseignes Zara, Massimo Dutti, a réagi de façon exemplaire à la crise en cumulant toutes les actions possibles : dons aux hôpitaux, fabrication de matériel sanitaire, réduction des salaires de l’équipe dirigeante. Cette réponse hors normes a été saluée par l’opinion et les médias, consacrant ainsi le principe selon lequel en communication il vaut « agir » d’abord et « parler » ensuite.

La raison d’être, sujet phare pour les entreprises en quête de sens et reconnaissance ne doit pas être abandonnée à la faveur de la crise actuelle. Au contraire, Lego, par exemple, est allé chercher directement dans sa raison d’être pour apporter une réponse à destination des enfants, le premier public, mais aussi des parents pour alléger leur stress durant le confinement.

Montée de la défiance et appels à la démission : la crise alimente la société paranoïaque

La crise est un test crucial pour les gouvernements. Les Italiens soutiennent massivement un président du Conseil révélé par la crise. Les Allemands font confiance à l’expérience d’Angela Merkel. Les Britanniques soutiennent majoritairement leur nouveau premier ministre.

La France, États-Unis et surtout l’Espagne font face eux à une montée de défiance, dont l’ampleur n’est peut-être pas encore complètement mesurée. Les indicateurs d’opinion en France se sont soudainement dégradés cette semaine. Pour deux Français sur trois, le gouvernement n’a pas communiqué de façon claire et 81 % sont convaincus qu’on leur a caché des choses sur l’épidémie.

En Espagne, les doutes se font jour sur la réalité du comptage des victimes du Covid-19 et la colère monte. Les manifestations de rue étant interdites, confinement oblige, c’est sur Internet que les cortèges, principalement venus de l’extrême droite s’organisent : 400 000 personnes connectées au même moment pour faire tomber le gouvernement de Pedro Sanchez qui, lui, pense déjà à de nouvelles élections une fois la crise sanitaire passée. Les cinquième en six ans.

Nos libertés, elles, peuvent attendre. Les Français sont prêts à renoncer à certaines d’entre elles pour faire face à l’ennemi invisible. Des concessions qui n’étaient pas acceptées lors des attentats terroristes, et pour cause, c’est le mode de vie même qui était attaqué.

Une fois la crise passée, hyper-hygiénisation et précautionnisme 

Tous masqués, tous contrôlés. Voilà le programme de la sortie du confinement. Si les pays de la vieille Europe se mettent au port du masque (Italie 70 %, Espagne 60 %, France et États-Unis autour de 30 % d’après Yougov), ils sont loin derrière les pays d’Asie. Singapour a d’ores et déjà anticipé le monde de demain. L’expérience client sera « sanitaire ». L’hygiénisme est le prochain humanisme.

La mondialisation a été le moteur de propagation du Covid-19 : échanges, tourisme. Pour autant, la démondialisation est-elle pour demain ? Pascal Lamy répond « précautionnisme » plutôt que « protectionnisme » et les pays occidentaux pourraient imposer aux pays en développement de nouvelles normes plus strictes. Déléguer certaines de nos activités et notre protection à des tiers était une folie, prévenait le président Emmanuel Macron déjà dans son allocution du 12 mars 2020. L’hyperprotection marquée par le retour de l’État se fera aussi grâce à l’hyperprécaution. Les échanges continueront, les normes, elles, se durciront. Un défi pour les entreprises et leurs fournisseurs.

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