“La construction européenne sortira de cette crise, ou bien renforcée, ou bien affaiblie.”

Union européenne: «Cette fois, l’heure n’est pas aux compromis ordinaires», selon Pascal Lamy

DOMINIQUE BERNS PHILIPPE REGNIER

Les dirigeants des 27 Etats- membres de l’Union européenne se remettent ce jeudi après-midi derrière leurs écrans pour un nouveau sommet « virtuel » avec les leaders des institu- tions de l’UE. Moins, cette fois, pour parer au plus pressé, pour jeter une couverture sur l’incendie socio-économique de la pandémie, que pour poser les jalons d’une « relance ». Une relance non seulement de la croissance, donc du bien-être, pour longtemps ravagés par la crise, mais aussi du projet européen, méchamment lézardé par «les actes de chacun pour soi, les attitudes, les horions échangés » entre pays diversement impactés par le coronavirus. Une « épreuve de vérité », nous dit Pascal Lamy. L’ex-commissaire européen (1999-2004) et ancien directeur géné- ral de l’Organisation mondiale du com- merce (2005-2013) ajoute qu’une « trêve » s’impose : « Les dirigeants eu- ropéens doivent cesser de “se friter”. »

Le scénario d’une reprise en « V » prend l’eau à mesure que se succèdent les semaines de confinement. McKinsey prédit le pire : 59 millions de jobs détruits dans l’Union ; un doublement du taux de chômage ; et pas de retour au niveau pré-crise avant 2024. Le choc est surtout… social ?
Nous connaissons la séquence: choc sanitaire, choc économique, choc social et choc politique. Elle était similaire en 2008 même si le choc initial était financier. Mais la crise, cette fois, est beaucoup plus dangereuse pour la construction européenne. En interne, l’épreuve de vérité — l’écart entre les mots et la réalité – est beaucoup plus sévère. Les mots, c’est union, communauté, solidarité, et la réalité, ce sont les actes de chacun pour soi, les attitudes, les horions échangés, par exemple, entre Hollandais et Espagnols. L’espace national est un espace d’appartenance forte où se déploient les émotions ; et l’espace européen, un es- pace d’appartenance faible où prédominent le droit, la raison. L’espace national est chaud, là où l’espace européen est froid ; le premier est excitable, alors que le second est frigide, comme l’a dit Eli Barnavi.
Voilà qui devrait inciter les dirigeants à mesurer leurs propos. Ce test de solidarité se joue maintenant, en vraie grandeur. Dans les jours, les semaines, tout au plus les mois qui viennent. En externe, le test européen se fera sur les dix prochaines années.

 

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